Baguet : "Il ne faut pas pousser Sarkozy à être candidat trop tôt"
Maire de Boulogne-Billancourt, le centriste Pierre-Christophe Baguet est, depuis quinze ans, député des Hauts-de-Seine. Il a décidé de s’effacer aux prochaines législatives au profit de… Claude Guéant.
France-Soir. Qu’est-ce qui vous a amené, surprenant tout le monde, à proposer à Claude Guéant de vous succéder à l’Assemblée nationale ?
Pierre-Christophe Baguet. C’est un choix tout-à-fait personnel, et très simple. Mais je sais que, quand on fait des choses en politique avec sincérité et simplicité, il y a toujours, hélas, suspicion. Outre des petits soucis familiaux, les choses, oui, sont très simples. Ma ville - qui est, après Paris, la plus importante d’Ile-de-France et qui s’apprête à passer bientôt du 36ème au 23ème rang des villes françaises, l’équivalent de Metz - est de plus en plus lourde à gérer. En trois ans, le nombre des habitants a encore grimpé : de 109.000 à 114..000. Et je suis, par ailleurs, président de la communauté d’agglomérations, soit 302 00O habitants au total. Je veux donc me consacrer davantage encore demain à Boulogne-Billancourt. ET c’est du plein temps.
F-S. Vous ne passez pas la main parce que vous seriez un député déçu ou las ?
P-C. B. Ah, pas du tout!
F-S. C’est vous qui avez proposé au ministre de l’Intérieur de prendre votre relais au Palais Bourbon ?
P-C. B. On se connait de longue date. J’ai fait sa connaissance quand il était secrétaire général de la préfecture des Hauts-de-Seine. J’ai travaillé quasi-quotidiennement à ses côtés quand il était conseiller spécial de Nicolas Sarkozy lorsque ce dernier était président du Conseil général des Hauts de Seine de 2004 à 2007. Il y a deux ans, Le Point avait d’ailleurs présenté Claude Guéant comme ma « bonne fée » (éclats de rire). Il a toujours été très attentif à Boulogne-Billancourt et, sur plusieurs dossiers, il m’a beaucoup aidé.
F-S. Mais c’est lui qui vous a demandé de vous effacer, ou c’est votre idée ?
P-C. B. C’est mon idée. Et quand je lui ai fait cette proposition, il a d’abord été très surpris. Cela se passait juste avant Noël. J’étais venu le voir pour tout-à-fait autre chose. C’était une conversation très détendue chez lui auprès de sa cheminée. Je lui ai demandé : « Et toi, qu’es-ce que tu vas faire ? » Il me répond qu’il a décidé de se faire élire. Il songeait alors, je crois, aux Yvelines. « Et toi ? », me dit-il. Je lui réponds : « Ecoute, moi, je me présente aux législatives, mais ce sera la dernière fois. Vingt ans, quatre mandats, le cumul dans le temps, c’est pas trop mon truc. Et puis ma ville se développe». A ce moment-là, j’ajoute : « Tu sais, me retirer en 2017 ou me retirer en 2012, c’est, pour moi, quasiment pareil… ». Puis, après un instant: « Mais toi, tu connais bien Boulogne ». Il me répond que, oui, ses enfants y ont été scolarisé, il y a vécu cinq ans, ce qui aura été la plus longue période de stabilité de sa carrière de préfet. Le lendemain, on s’est rappelé et je lui ai dit : « Si tu veux, je suis prêt à te passer le relais ». Il a été, je crois, assez surpris. Il a même mis du temps à réagir.
F-S. Votre geste, il est vrai, est rarissime…
P-C. B. Surtout venant d’un député certain d’être réélu !... J’ai d’ailleurs dit à Claude : « Je perds un peu la main. La première fois, j’ai été élu avec 63% de voix deuxième tour. La fois suivante, avec 61% des voix au premier tour et la dernière fois avec seulement 59% des voix au premier tour (sourire) ». Avec Claude, on va faire équipe. Il va m’aider à débloquer de gros dossiers importants pour la ville. Ainsi cela fait 7 ans qu’on attend la reconstruction du commissariat central de la ville. Un des plus dégradés de France, parait-il. Cela dit, c’est le premier flic de France. Et, comme aimait à dire Charles Pasqua, un bon ministre de l’intérieur, c’est toujours un homme détesté même si, dans ma ville, plus les gens le voient, plus ils l’apprécient. Mais, il le sait, il doit lisser son image.
F-S. Il y a dans votre ville un élu UMP qui tempête contre le « parachutage » de Claude Guéant, c’est votre adjoint, Thierry Solère…
P-C. B. Thierry Solère, on le connait. Il a un défaut notoire : il ne travaille pas. Il y a quelques années, mon prédécesseur Jean-Pierre Fourcade l’avait déjà, à cause de cela et à deux reprises, suspendu de ses fonctions d’adjoint. Et moi en 2011 je lui ai retiré ses délégations car il n’a participé ni à la séance budgétaire de la ville, ni à celle de la communauté d’agglomérations, ni non plus à celle du Conseil général. Je l’ai donc sanctionné. Il a eu l’habileté médiatique de dire : « J’ai démissionné». Faux: je l’ai suspendu et, après, il a démissionné en prenant comme prétexte les tours de l’Ile Seguin. Un projet qu’il avait pourtant à trois reprise approuvé en conseil municipal.
F-S. Souhaitez-vous, comme certains de vos collègues, que Nicolas Sarkozy accélère et se déclare sans plus attendre candidat ?
P-C. B. Je fais partie du groupe des députés-relais. Et on fait un tour de France pour présenter le bilan de Sarkozy. Chaque fois, on remplit les salles, et les gens repartent regonflés. Eh bien je vous le dis : on est encore dans le temps de la présentation du bilan, sans compter que nous avons été élus pour bosser jusqu’au bout. Il ne faut donc pas pousser Nicolas Sarkozy à être candidat trop tôt.
F-S. Le PS, depuis le meeting du Bourget, est-il différent ?
P-C. B. Sur la forme, c’est indéniable, les socialistes se sont améliorés. J’espère que Hollande a dit merci à ses communiquants. Mais, sur le fond, on avait l’impression qu’on était dans la France du passé, celle d’il y a trente ans. Comme si le projet de Hollande, c’était de revenir à Mitterrand. Mais le sait-il ? Depuis, la France et le monde ont beaucoup changé.
F-S. Les jeux sont-ils faits ?
P-C. B. Non, la présidentielle n’est pas jouée mais ma crainte, honnêtement, c’est Marine Le Pen. Car, dans une ville très modérée comme Boulogne-Billancourt, maintenant les gens me parlent d’elle. Ils me disent : « Cette fois-ci, Pierre-Christophe, on hésite. On a envie de voter Front national ». Bien sûr, je fais tout pour les en dissuader mais le fait qu’ils m’en parlent ainsi, oui, ça me fait peur. Bayrou ? Le Pen ? Cela peut prendre des formes très variables mais il y a dans le pays, je le constate, la forte envie d’un vote contestataire. En tout cas pour le moment.
(Source : France Soir)
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